TRAITER UNE METRITE NE VEUT PAS NECESSAIREMENT DIRE LA GUERIR
REFERENCE : Figueiredo CC et al. Failure of clinical cure in dairy cows treated for metritis is associated with reduced productive and reproductive performance. J. Dairy Sci. 2021, 104:7056–7070 https://doi.org/10.3168/jds.2020-19661.
Les conséquences des métrites identifiées au cours des 21 premiers jours suivant le vêlage sont multiples : endométrites, anoestrus, infertilité, réforme, réduction de la production laitière et bien entendu perte de rentabilité. Ces métrites sont classiquement traitées au moyen d’antibiotiques (cefiofur, ampicilline) mais dans 25 à 35 % des cas leur guérison n’est pas observée.
CONTEXTE
L’étude se propose d’en analyser les causes et les conséquences. Elle concerne 2604 vaches de 5 troupeaux de vaches laitières (1800 à 5700 vaches par troupeau) traites pour leur majorité trois fois par jour (10.500 à 12.500 Kg/an).
Chaque vache a fait l’objet 6 jours en moyenne après le vêlage d’une prise de température (Hyperthermie si > 39.5°C) et d’un examen vaginal (Metricheck) scoré de la manière suivante
- 1 : pas d’écoulements ou écoulement muqueux clair
- 2 : écoulement muqueux et flocons de pus
- 3 : écoulement mucopuruent (<50 % de pus)
- 4 : écoulement purulent(> 50 % de pus) ou écoulement rougeâtre sans odeur
- 5 (métrite) : écoulement rougeâtre ou brunâtre malodorant avec ou sans hyperthermie
Les vaches avec un score de 5 ont été traitées au moyen de
- ampicillin trihydrate (Polyflex, Boehringer Ingelheim Vetmedica) : 11 mg/kg en IM une fois par jour pendant 5 jours.
- ceftiofur hydrochloride (Excenel RTU sterile suspension, Zoetis) : 2.2 mg/kg en IM une fois par jour pendant 5 jours.
- ceftiofur crystalline free acid (Excede sterile suspension, Zoetis) : 6.6 mg/kg en SC à deux reprises à 72 heures d’intervalle.
Chaque vache a fait l’objet d’un nouvel examen vaginal 10 jours après le premier. L’absence de guérison a été établie sur base de l’identification d’un score vaginal de 5.
LEURS OBSERVATIONS
Une absence de guérison a été observée dans 21,2 % des cas. Elle s’est avérée significativement plus élevée chez les vaches ayant présentée de l’hyperthermie (26,7 vs 17,9%) ou une rétention placentaire (32.5 vs 17.6%). Par contre la parité, la dystocie, la gémellité, la néomortalité, le score corporel ou le traitement n’ont pas eu d’effets significatifs.
Un écoulement vaginal de score 4 ou 5 identifié au Metricheck 25 à 35 jours après le vêlage a significativement été plus fréquemment observée chez les vaches guéries (74 %) ou non (91.7%) après traitement que chez celles qui n’avaient pas présenté de métrite de score 5 (38.1%).
De même, une endométrite cytologique a significativement plus fréquemment été identifiée 32 à 42 jours postpartum chez les vaches guéries (73.3 %) ou non (91.4%) après traitement que chez celles qui n’avaient pas présenté de métrite de score 5 (36.4%).
L’absence de guérison se traduit par une augmentation du risque de mortalité au cours des deux premiers mois du postpartum (3.9 %), de réforme dans les 300 jours (26.3%) ou d’une absence d’insémination (16.8%). Par contre elle n’interfère pas significativement avec le risque d’anoestrus, le % de gestation en 1ère insémination ou de mortalité embryonnaire.
CE DONT IL FAUT PRENDRE CONSCIENCE
Une antibiothérapie conduite secundum artem n’assure pas la guérison clinique chez une vache sur cinq. La présence ou non d’une guérison peut dépendre du microbiome utérin. Ainsi la présence de Bacteroides, Fusobacterium ou Porphyromonas a été associée à ce manque de guérison. Cette guérison dépend idéalement de la présence ou non d’une rétention placentaire qui se traduit par une capacité moindre des neutrophiles, une réduction de la concentration en interleukines IL8 facteurs imliqués dans la réaction immunitaire. Par ailleurs, la rétention placentaire contribue à la présence des genres Fusobacterium et Bacteroides dans le vagin. L’hyperthermie serait associée à la présence de LPS de germes Gram- qui compte tenu des lésions de la paroi utérine passeraient dans la circulation sanguine.
Guérie ou pas, une métrite augmente la prévalence d’endométrite clinique ou subclinique voire d’anoestrus du fait sans doute de la persistance de germes tels que Bacteroides, Fusobacterium ou Porphyromonas. Ces germes comme d’ailleurs également Escherichia coli ou Trueperella pyogenes sont connus pour interférer avec le transcriptome des cellules de la granuleuse, de l’oviducte, de l’utérus et avec l’ovocyte, ces effets se prolongeant durant 2 mois.
En pratique, il nous faut une fois encore plaider pour
- une réduction de la rétention placentaire et de ses facteurs de risque (dystocie et gémellité)
- une détection et un traitement des métrites cliniques par un examen plus systématique des vaches à risque (rétention placentaire et hyperthermie). A cet égard une prise de la température au 5ème jour offre la plus grande sensibilité/spécificité d’identifier les vaches qui sont susceptibles de guérir ou non d’une métrite clinique éventuellement présente.
une détection plus systématique (25 à 35 jours) et un traitement des endométrites cliniques

