Quelle est votre stratégie de diagnostic et de traitement d'une métrite puerpérale ?
CONTEXTE
Je n’ai pas besoin de vous rappeler que la métrite puerpérale/clinique constitue une des principales indications d’utilisation des antibiotiques en reproduction bovine. Ses conséquences économiques sont bien réelles compte tenu de ses effets sur les frais thérapeutiques, le bien-être, la production laitière et la fertilité. En 2006 déjà, Sheldon proposait de distinguer au cours des 21 premiers jours du postpartum la métrite puerpérale (qui se traduisait par des signes généraux et locaux) de la métrite clinique (qui se traduisait par des signes locaux). Quinze années plus tard, force est de reconnaître que cette proposition est loin d’avoir dégagé un consensus auprès des chercheurs qui ont réalisé des études sur les facteurs de risque et les stratégies thérapeutiques possibles de cette pathologie. Pourtant, cet objectif est prioritaire si l’on veut s’assurer d’une efficacité thérapeutique optimale basée sur un diagnostic qui le soit tout autant.
MATERIEL ET METHODES
L’étude passe en revue 174 publications consacrées à la métrite puerpérale pour dresser un état des lieux des critères et méthodes de diagnostic et de traitement relatifs à cette pathologie. Leurs principales observations sont présentées dans la figure associée.
Odeur, couleur et viscosité sont des caractéristiques largement utilisées. Elles présentent cependant une large part de subjectivité (Sannmann and Heuwieser, 2015) même s’il est vrai qu’elles peuvent être corrélées à la nature du germe responsable de l’infection. Ainsi, un écoulement fétide a été associé à la présence de E.Coli ou de Trueperella pyogenes et un écoulement purulent ou muco-purulent à celle de Trueperella pyogenes et de Fusobacterium necrophorum (Williams 2005). Cependant, les analyses metagénomiques concluent que la métrite puerpérale résulterait davantage d’une dysbiose du microbiote (avec une prévalence de germes anaérobiques) que d’un germe spécifique (Jeon et Galvao 2018).
La fièvre seule ne saurait constituer un critère suffisant de diagnostic d’une métrite puerpérale, un tiers des vaches saines présentant une température ≥39.5°C dans les 4 jours suivant le vêlage, divers facteurs pouvant également en être responsable (N° lactation, THI, Cycle circadien) (Burfeind et al. 2014). A l’inverse, une température normale a été constatée chez 58 % des vaches présentant cependant des signes de métrite puerpérale (Benzaquem et al. 2007).
La méthode d’identification d’écoulements anormaux n’est pas renseignée dans un tiers des publications. On observe également le peu d’usage fait du spéculum vaginal. Des méthodes alternative nonvisuelles de diagnostic ont été proposées : le dosage de l’haptoglobine (qui ne s’est pas révélée différente entre les vaches saines et infectées), les changements comportementaux de la rumination et de l’activité ((Stangaferro et al., 2016), le recours à des nez électroniques (Burfeind et al. 2014). Leur validation a été rendue difficile du fait de l’absence d’une méthode dite gold standard.
La décision de traiter se base dans la majorité des cas sur l’identification d’un écoulement anormal seul (38,1 %) ou associé à de la fièvre (47,6 %). Le ceftiofur est majoritairement utilisé. Mais c’est un antibiotique de 3ème génération. Il contribue surtout à réduire la fièvre (Mc Laughlin et al.2012). Les % d’auto-guérison seraient compris entre 21 et 64 % (Sannmann et al., 2013, Machado et al., 2020). Il reste bien des efforts à consentir pour standardiser les choix de l’antibiotique, leur dose, leur durée et leur voie d’administration mais aussi leurs effets à moyen et long terme sur les performances de reproduction.
CONCLUSION
En attendant, je ne puis que vous conseiller de standardiser votre démarche clinique pour caractériser la métrite puerpérale (Signes généraux et locaux)/clinique (signes locaux) à laquelle vous êtes confrontée pour non seulement en identifier la présence mais aussi la cause et tenter de raisonner son approche thérapeutique. Dans ce contexte, le thermomètre et le spéculum (nature des secrétions, lésions vaginales…) me semblent être des outils incontournables. Je vous renvoie aux publications multiples dont cette page s’est déjà faite l’écho sur les thèmes des facteurs de risque, méthodes de diagnostic et traitements.

