SILENCIEUSES VOUS AVEZ DIT CHALEURS SILENCIEUSES ?

INTRODUCTION

Parmi d’autres, une mauvaise détection des chaleurs constitue un facteur de risque d’une infertilité qui d’année en année ne fait que diminuer dans les élevages laitiers. Cette mauvaise détection peut relever et notamment de chaleurs silencieuses (silent heat) encore appelées ovulations silencieuses (silent ovulation) ou encore suboestrus.

MATERIEL ET METHODES

Cette étude japonaise de 30 mois concerne 277 lactations d’un troupeau de 161 vaches laitières de race Holstein (10.100 kgs de lait / 305 jours) équipées de podomètres, de parité moyenne égale à 3 et dont 95 % avaient un score corporel compris entre 3 et 4.

Le diagnostic d’oestrus a été posé sur base d’une augmentation de 80 % de l’activité de déplacement (walking activity) par rapport à la moyenne des deux jours précédents.

Le diagnostic d’ovulation a été posé sur base d’une diminution de la concentration en progestérone dans le lait à 0 ng/ml suivie de son augmentation (> 5 ng/ml) dans les deux prélèvements consécutifs réalisés à 3-4 jours d’intervalle.

Le diagnostic de chaleurs silencieuses (CS) a été posé à l’encontre des vaches dont l’ovulation a été indirectement confirmée par le dosage de la progestérone et qui n’avaient pas présenté d’augmentation d’activité.

Résultats

Sur un total de 769 ovulations ainsi détectées, 33,6 % se sont avérées être silencieuses. Comme attendu, leur fréquence diminue avec le stade du postpartum puisque respectivement 55, 24, 21 et 11 % des 1ère, 2ème, 3ème et 4ème ovulations ont été silencieuses. Par ailleurs, 37 % des vaches n’ont présenté une CS qu’à la première ovulation. Une vache sur trois (33 %) n’a jamais présenté de CS et 6 % d’entre elles en ont systématiquement présenté à chaque ovulation constatée au cours des trois premiers mois du postpartum.

La parité, les pathologies du postpartum (fièvre vitulaire, cétose et mammite), la saison de l’ovulation, le niveau de production laitière ou l’intervalle entre le vêlage et la première ovulation ont été sans effet sur la fréquence des CS. Cependant, une production laitière comprise entre 27 et 41 litres ou supérieure à 41 litres s’accompagne et surtout chez les multipares d’une augmentation du risque de CS. Par rapport à une production laitière inférieure à 27 litres, les odds ratio (OR) de risque d’apparition d’une CS après la 1ère ovulation ont été respectivement de 2,7 et 1,2 pour les primipares et de 6,7 et 12;9 pour les multipares.

Une CS réduit de 28 à 55 % le taux de gestation. De même, la période d’attente (PA) des vaches ayant manifesté une CS après la 1ère ovulation s’est trouvée allongée par rapport à celles qui n’en avaient pas présenté (72 jours vs 54 jours).  Un allongement de l’intervalle ente le vêlage et l’insémination fécondante a également été observé chez les premières par rapport aux secondes (133 jours vs 80 jours.

DISCUSSION

L’intérêt de l’étude est d’avoir objectiver la fréquence des CS. D’autres auteurs se basant sur une observation visuelle avaient estimé une fréquence comprise entre 83 et 95 % lors de la première ovulation (Shipka 2000, Isobe et al. 2004).

Il se confirme également que et surtout chez les vaches hautes productrices (> 41 litres/jour), les CS peuvent encore fréquemment s’observer lors des 3ème (21 %) et 4ème (10 %) ovulations.

L’augmentation de la fréquence des CS chez les vaches hautes productrices n’est pas surprenante puisque ces vaches ont une capacité moindre de synthèse des oestrogènes et un catabolisme de ces hormones et de la progestérone plus important.