ENSEMBLE ON VA PLUS LOIN MAIS PAS SYSTEMATIQUEMENT

CONTEXTE

L’infertilité est une question de nombre. Peut être considérée comme infertile toute génisse mais surtout toute vache inséminée plus de deux fois. Les traitements proposés sont de nature diverse : l’antibiothérapie intrautérine le lendemain de l’IA, la GnRH ou l’hCG en phase oestrale voire metoestrale ou dioestrale, un AINS lors de l’IA, un protocole OvSynch, un dispositif intravaginal (P4) en phase metoestrale. J’en passe et des meilleures. Force est de reconnaître le peu de convergence des effets positifs observés. La plupart de ces traitements ont un dénominateur commun à savoir la volonté d’augmenter la progestéronémie. La progestérone est en effet l’hormone clé qui contribue à maintenir la gestation compte tenu de ses effets sur le développement de l’embryon mais également de l’utérus : la notion de dialogue entre embryon et utérus est une réalité. Pour en savoir plus, je vous invite à consulter ma vidéo sur YouTube (https://www.youtube.com/watch?v=EVCET3zaG18 ).

La notion d’embryon « thérapeutique » n’est pas nouvelle. Elle consiste à réaliser un transfert d’embryon (TE) obtenu in vivo ou in vitro, frais ou congelé 6 à 8 jours après un œstrus ou une insémination à des génisses ou des vaches infertiles après ou non un traitement de synchronisation. Cette stratégie permet d’une part de courcircuiter les phases de fécondation et de développement précoce et d’autre part de renforcer la synthèse de trophoblastine (dans le cas où ce transfert est réalisé après une IA) et ainsi de favoriser le maintien de la gestation. Cette synthèse récente  a voulu en savoir plus.

LEURS OBSERVATIONS

  • Chez les repeat-breeders, le TE contribue à augmenter le % de gestation par rapport à une IA (41,7 vs 17,9 %) (Rodrigues et al. 2007).
  • L’effet d’un TE dépend du nombre d’IA déjà réalisé : le % de gestation faisant suite à un TE non précédé d’une IA est plus élevé si l’animal a déjà été inséminé 6 à 10 fois (30,7 %) que s’il a été inséminé 3 à 5 fois (16,1 %) ou plus de 10 fois (25 %). L’effet d’un TE diminue avec le nombre d’IA si ce TE est précédé d’une IA (3 à 5 : 55 % ; 6 à 10 : 41,5 % et >10 : 28,6%) (Dochi et al. 2008).
  • L’effet d’un TE est différent chez les vaches et les génisses. Que ce TE soit ou non précédé d’une IA, le % de gestation est significativement plus élevé chez les génisses que chez les vaches : 57,0 vs 52,6 % si IA préalable et 66,2 % vs 49 % en l’absence d’IA) (Canu et al. 2010).
  • Précédé d’une IA, un TE s’accompagne d’une augmentation du % de gémellité qui est compris entre 6 et 18 % (Dochi et al. 2008, Yaginuma et al. 2019). Ce % est supérieur à celui habituellement observé de 4,2 % (Silva del Rio et al. 2007).
  • On le sait, l’endométrite subclinique constitue parmi d’autres un facteur de mortalité embryonnaire très précoce (< 7 jours). Elle contribue à réduire le % de gestation après une IA ou le % d’embryons transférables après un traitement de superovulation. On en connaît pas les effets après un TE. Il serait peut-être souhaitable d’inclure ce critère lors de la sélection de receveuses.

QUE RETENIR ?

Recourir à un embryon thérapeutique pour traiter une génisse ou vache infertile est une alternative intéressante. Il faut cependant tenir compte du risque accru de gémellité et donc de ses conséquences si le TE fait suite à une insémination. Par ailleurs, il faut considérer le coût de cette approche. Selon Inoveo-AWE, le prix moyen d’un embryon congelé est de 120 Euros et celui du transfert de 70 Euros. Il doit être comparé aux coûts des traitements hormonaux.