SERIONS-NOUS DEVENUS AVEUGLES FACE AUX PROBLEMES DE MORTALITES/MORBIDITES NEONATALES ? DEUXIEME PARTIE : HYPOTHESES ET PISTES D’AMELIORATION.

REFERENCE : Mee J. Denormalizing poor dairy youngstock management: dealing with “farm-blindness” Journal of Animal Science, 2020, Vol. 98, No. Suppl. 1, S140–S149.

Dans notre article précédent, nous avons posé le constat. Cette deuxième partie a pour but de proposer différentes questions qui sont de nature à établir un dialogue avec l’éleveur et d’envisager des pites d’amélioration.

  • AVEZ-VOUS UN LOCAL D’ACCOUCHEMENT DIFFERENT POUR LES VACHES SAINES ET MALADES ? Le recours à un local d’accouchement différent pour les vaches saines et malades contribue à réduire la pression d’infection sur les veaux. Selon les pays, 62 % (Autriche, Norvège), 58 % (Irlande) et 41 % (USA) des élevages utilisent cette pratique.
  • NETTOYEZ-VOUS LE LOCAL D’ACCOUCHEMENT APRES CHAQUE VELAGE ? De même, le nettoyage et la désinfection du local d’accouchement réduisent également cette pression d’infection. Respectivement 83 (USA), 70 (Irelande) et 42 % (Autriche) des élevages ont recours à cette pratique.
  • COMBIEN DE TEMPS APRES LE VELAGE SEPAREZ-VOUS LE VEAU DE SA MERE ? Plus longtemps on laisse le veau avec sa mère et plus on augmente le stress de sa séparation, plus on augmente le cas échéant le risque de paratuberculose et celui en l’absence de distribution du colostrum celui d’une absence de transfert d’immunité. Selon les enquêtes menées dans différents pays, ce délai de séparation varie de 30 minutes à plus de 12 heures.
  • PRATIQUEZ-VOUS SYSTEMATIQUEMENT LA DESINFECTION DU CORDON OMBILICAL ? Selon les enquêtes, 10 à 88% des éleveurs adoptent cette pratique.
  • COMBIEN DE TEMPS APRES LE VELAGE PRELEVEZ-VOUS LE COLOSTRUM ? On le sait, le % d’immunoglobulines dans le colostrum diminue et donc le risque d’une absence d’immunité passive augmente avec le délai de cette collecte. Respectivement 92 % (Grande-Bretagne), 61 % (Irlande) et 36 % (Canada) des éleveurs collectent ce colostrum plus de 3, 5 et 4 heures après le vêlage.
  • EVALUEZ-VOUS SYSTEMATIQUEMENT LA QUALITE DU COLOSTRUM PRELEVE AU MOYEN D’UN REFRACTOMETRE OU D’U PESE-COLOSTRUM? Selon les enquêtes conduites dans différents pays, cette évaluation n’est réalisée que par 11 à 44 % des éleveurs.
  • COMBIEN DE TEMPS APRES LE VELAGE DONNEZ-VOUS HABITUELLEMENT LE COLOSTRUM ? Plus ce délai augmente et moins bon sera le transfert d’immunité passive et donc plus élevé sera le risque de pathologies digestives ou respiratoires.
  • QUEL VOLUME DE COLOSTRUM DONNEZ-VOUS HABITUELLEMENT LA PREMIERE FOIS ? Classiquement, on recommande de donner 10 % du poids du veau. Un veau de race laitière pèse en moyenne 40 kg. Un volume de 4 litres est donc habituellement recommandé. Selon les enquêtes, 65 % des élevages aux USA et 26 % des élevages au Canada en donnent moins de 3 litres, 82 % en Norvège 13 % en Autriche en donnent moins de 2 litres.

QUELLES STRATEGIES D’AMELIORATION

La première étape est de prendre conscience de la présence éventuelle du problème. Un audit externe par un conseiller « étranger » à l’exploitation est une solution. Il peut se faire en effet que le vétérinaire ou le conseiller d’élevage s’habituent comme l’éleveur au problème éventuel et ne le perçoivent plus comme tel. Il faut également faire prendre conscience aux éleveurs de l’importance du problème au travers des circuits habituels de communication.  Il en existe de divers types selon les pays : CalfCare (Ireland), KalfOK (The Netherlands), Calf Health Service (Switzerland), Stop the Loss (the United Kingdom) et InCalf (Australia and New Zealand). Les sociétés pharmaceutiques peuvent également conduire diverses campagnes de sensibilisation : Calfmatters, CalfTracker, Calf Resilience, Healthycalves, SureCalf.

La seconde étape sera de construire des bases de données permettant de fournir aux éleveurs des indicateurs de performances (benchmarking). Ces bases de données impliquet une notation plus systématique des « cas » mais aussi leur meilleure description et caractérisation pour permettre aux éleveurs de mieux distinguer ce qui est normal et anormal. L’adage est connu : il ne peut y avoir de gestion sans quantification. L’élevage est entré dans l’ère de la collecte systématique de données (smart farming, big data farming).

La dernière étape visera à améliorer l’organisation communicationnelle entre les éleveurs et entre les éleveurs et leurs vétérinaires ou conseillers.