PREDIRE LES CARENCES VIA LA PRISE DE SANG, UNE FORMATION DES CETAs DU PAYS LAITIER

Avec la coordination de l’Association Wallonne des éleveurs, et le conseiller technique laitier Benoit Wyzen, nous avons abordé les principes de l’utilisation des tests sanguins de groupe par le vétérinaire (Profil en « pool ») avec le Dr. Leonard Theron (RumeXperts SRL).

« Combien d’entre vous font des analyses de silos ? » L’assemblée lève la main de façon presque unanime. « Combien d’entre vous font des analyses de vos animaux ? » l’assemblée reste timide. Si la question de démarrage a fait sourire, le Dr. Theron en profite pour souligner que nos investissements dans les silos sont parfois très importants, là où la santé des animaux est souvent « estimée » alors que les vaches sont les premières « ouvrières » de la ferme. Les enjeux de l’agriculture d’aujourd’hui sont multiples en effet, la santé des animaux devient le cœur de travail, car elle est la garante de l’utilisation raisonnée des traitements, elle s’appuie sur le bien-être des animaux, et garantie une longévité qui est forte sur le plan économique.

Figure 1 – La pyramide des audits de santé : Nutrition des mères, nutrition du veau, qualité de l’environnement et de l’air, immunité vaccinale

« Un élevage rempli de génisses ne peut pas être rentable, et signe un problème structurel soit dans l’élevage (maladies respiratoires du veau), soit dans les vaches (mammites, reproduction, boiteries) » cingle le vétérinaire. Mais vous pouvez anticiper ces problèmes, au travers d’une méthode simple : la pyramide des besoins (cfr image). En effet, la nutrition des mères gestantes est capitale pour le développement des veaux, la qualité du colostrum, 60% de la valeur protéique du sang du veau nouveau-né dépend de la nutrition de sa mère.

Comment ? RumeXperts développe en partenariat avec SYNLAB, avec l’AWé et l’ARSIA des grilles de lecture du sang des animaux pour analyser par stade les risques à venir. Le Dr. Theron insiste sur les 2 règles essentielles pour une analyse alimentaire via le sang : Des animaux sains uniquement, et des stades homogènes (taries, pic, lactantes, primipares, multipares séparés). En effet, la lecture des paramètres des carences dépend du stade de production, comme finalement dans les analyses de silos 😉.

Mais le vétérinaire rappelle que le premier moyen simple d’évaluer sa ration peut être la lecture de la qualité des colostrums au vêlage. En effet, la mère mettra en premier ses nutriments chez le veau, puis dans le colostrum, puis pour elle-même. Le colostrum est donc une mesure « intermédiaire » indirecte de la ration de tarissement. Les règles RumeXperts sont simples ici : 15% du poids du veau en litrage, et 5g d’anticorps par kg de veau. Dans les premières 24h, pour un veau laitier, viser minimum 210g. Pour un veau Blanc-bleu : 270-300g.

Après quelques présentations théoriques sur les clés de l’analyse sanguine pour prédire la santé on s’arrête un instant sur les informations les plus importantes :

  • Bilan Protéocalorique : la base essentielle (intégré dans les autres bilans)
  • Bilan Métabolique : typiquement adapté aux vaches en préparation vêlage ou en lactation (foie, Calcium, sélénium, muscles)
  • Bilan Oligo-élément : typiquement adapté pour équilibrer les carences micro-minérales et la reproduction (Sélénium, Zinc, Cuivre, Vitamines)
  • Bilan Nutrinetic : bilan de santé protéocalorique des mères et des veaux de 0 à 15 semaines (6 groupes)

La seconde partie est dédiée à la comparaison de 5 fermes qui ont joué le jeu de faire les analyses avant la réunion. Les éléments essentiels de ces bilans 2023 :

  • Les vaches revenues de prairies étaient en carences sévères en oligoélements
  • La plupart des rations manquent cruellement de protéines (Albumine et urée très basses)
  • La plupart des fourrages sont peu digestes (Vitamines B12 extrêmement basses), laissant les rumens sur leur « faim »

Un éleveur avait testé les bilans veaux qui démontraient une bonne préparation vêlage et des veaux bien suivi au lait entier (2 fois 3L par jour), avec un excellent sevrage (indicateurs ruminaux Betahydroxybutyrate parfaits), mais une sous performance entre 5 et 10 semaines (présevrage). La proposition d’action est de passer à 2 fois 3,5 ou 4L entre 4 et 8 semaines, pour favoriser une croissance sans à-coup, et une bonne résistance des animaux.

Figure 2 – Bilan d’un ou plusieurs classes dans 4 fermes

Le résumé de notre après-midi de formation :

  • Le testage des animaux gestants est une bon indicateurs des risques nutritionnels
  • L’analyse sanguine par groupe est un investissement rentable (70 à 200€ selon le bilan)
  • L’année 2022-2023 se caractérise par des carences sévères en protéines fermentescibles et une cellulose plus complexe à digérer
  • Le plan de testage idéal :
    • 15 jours après la rentrée, et au mois de février, au minimum bilan métabolique des gestantes
    • Analyse au réfractomètre de 5 colostrums par mois pour évaluer les risques (idéal >25% Brix en laitier et 28 en Blanc-Bleu, avec un objectif de 5g d’anticorps par kg de veau dans la première journée)
    • Une fois par an, un bilan des veaux pour régler son système d’élevage (si changement de poudre ou de régime)