LES BIOTECHNOLOGIES DE LA REPRODUCTION BOVINE : UN OUTIL DE PROGRES GENETIQUE ET ECONOMIQUE POUR LES ELEVAGES LAITIERS ?

REFERENCE : Crowe AD et al. Invited review: Use of assisted reproduction techniques to accelerate genetic gain and increase value of beef production in dairy herds. J. Dairy Sci. 2021,  104.

Quel éleveur laitier n’a pas rêvé de mieux valoriser ses veaux mâles compte tenu du fait que leur vente et celle des vaches de réforme ne représente finalement que 10 à 20 % de ses rentrées ? La tentation est donc grande de recourir à des taureaux à viande pour mieux valoriser les veaux mâles d’autant que le ratio mâle:femelle est en moyenne de 52 :48.

La naissance de veaux mâles soulève le problème de leur devenir et du bien-être associé. En Australie et en Nouvelle-Zélande, ils sont majoritairement transportés sur de longues distances vers un abattoir quelques jours après leur naissance. Cela pose le problème de leur bien-être. En Irlande, en 2019, pas moins de 115.000 veaux mâles laitiers âgés de moins de 6 semaines (sur u total de 799.000 naissances) ont été exportés vers l’Europe.

Les temps changent : en Irlande en 2018, 45 % des veaux mâles avaient pour mère une vache laitière et pour père un taureau à viande. Se pose néanmoins les problèmes liés à la facilité de vêlage, à la durée de gestation et aux caractéristiques de croissance de ces veaux croisés. En Irlande, un index (DBI Dairy Beef Index) a été développé pour aider les éleveurs dans leur choix. Il a permis de valoriser sensiblement les carcasses obtenues. Ce type de croisement n’aurait que peu d’effets sur les performances de production laitière et de reproduction (Berry, D. P. et  S. C. Ring. 2020b. Short communication: The beef merit of the sire mated to a dairy female affects her subsequent performance. J. Dairy Sci. 103:8241–8250).

Comment les TECHNOLOGIES ASSISTEES DE LA REPRODUCTION (Assisted Reproductive Technology : ART) peuvent contribuer à la valorisation des veaux mâles ? (Pour en savoir plus voir la synthèse de Ferré L. B. et al. Review: Recent advances in bovine in vitro embryo production: reproductive biotechnology history and methods. Animal 2020, 14:991–1004).

La SUPEROVULATION a fait l’objet de très nombreuses recherches mais le nombre moyen d’embryons transférables (6 à 8 par vache donneuse) n’a que peu progressé durant ces 50 dernières années. Il n’est pas impossible de penser que le recours plus systématique à des marqueurs biologiques pour mieux identifier les bonnes donneuses contribue à améliorer les résultats. Ces marqueurs sont la réserve folliculaire identifiée par échographie lors des vagues de croissance et la concentration en AMH (Anti-Mullerian Hormone), hormone produite après la naissance par les cellules de la granuleuse des follicules antraux et preantraux. Les microARNs qui sont non codants masi interviennent dans la transcription des ARNs, semblent offrir des perspectives en ce domaine.

La PRODUCTION IN VITRO D’EMBRYONS s’est considérablement développée avec la mise au moins de l’OPU (Ovum Pick Up) à savoir le prélèvement d’ovocytes par ponction échoguidée des follicules d’une vache donneuse avant ou après son abattage. Elle a permis en 2019 le transfert de 1,1 million d’embryons majoritairement produits en Amérique du Sud (50 %) et du Nord (40 %). Chaque session d’OPU permet en moyenne l’obtention de 15,5 ovocytes et de 3,2 embryons transférables.  Se pose encore le problème de la congélation des embryons obtenus (Pour en savoir plus Demetrio D. G. B., E. et al.  How can we improve embryo production and pregnancy outcomes of Holstein embryos produced in vitro? (12 years of practical results at a California dairy farm). Anim. Reprod. 2020,17:e20200053).

L’OPU LAPAROSCOPIQUE (encore appelé JIVEP : Juvenile In Vitro Embryo Production) permet de prélever des ovocytes chez des génisses prépubères (2 à 6 mois) et ainsi de réduire l’intervalle entre générations. 22 ovocytes peuvent ainsi en moyenne être prélevés, 20 % d’entre eux se développant jusqu’au stade de blastocytes (Baldassarre, H. 2021. Laparoscopic ovum pick-up followed by in vitro embryo production and transfer in assisted breeding programs for ruminants. Animals (Basel) 11:216). Les follicules cavitaires présents à cet âge sont bien plus nombreux mais leur croissance ne peut aboutir à une ovulation.

L’utilisation de SPERME SEXE chez les génisses laitières est passée aux USA de 9% en 2007 à 31 % en 2015. Au Royaume-Uni en 2020, les éleveurs laitiers ont davantage utilisé de sperme sexé que non sexé. On peut y voir le fait que l’offre est bien plus conséquente que par le passé et que la sélection génomique des individus tant mâles que femelles concernés a fait de nombreux progrès. Par ailleurs comme en témoigne une enquête menée en Irlande, les éleveurs sont de plus en plus enclins à utiiser du sperme sexé, à développer l’exportation et la qualité des carcasses des veaux mâles. Au Royaume-Uni, il serait question d’interdire en 2023 l’euthanasie des veaux mâles. Le recours à du sperme sexé va croître compte tenu de la disponibilité de plus en plus grande de taureaux à viande et de l’amélioration des % de gestation.

Le concept de VELOGENETIQUE a été émis il y a une trentaine d’années. Elle a recours à l’identification de marqueurs génétiques sur les embryons obtenus par fécondation in vitro d’ovocytes obtenus en période prépubertaire voire même fœtale.

QUE CHOISIR ?

En l’état actuel de nos connaissances relatives au bénéfice économique des différentes options possibles offertes par les biotechnologies de la reproduction, il semblerait bien que les élevages laitiers auraient intérêt à utiliser du sperme sexé de taureaux élites sur 1/3 de leur troupeau et d’utiliser  du sperme non sexé de taureaux à viande voire de transférer des embryons obtenus sur des donneuses à viande sur le reste du troupeau.